Isabelle Flourac, encres et aquarelles

Artiste voyageuse résidant à Martinet (85)

Le rêve du transsibérien

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Samedi, départ 13h05, gare de Laroslavl.

On s’embarque pour 5185 kilomètres. Quatre jours et demi de train de Moscou à Irkutsk. Platskartny, troisième classe. On fait doucement connaissance.

Annia est en pyjama pantoufles depuis 17 heures maintenant. On se met vite à l’aise dans les trains russes.,L’ambiance se détend.
J’apprends à demander « Combien ça coûte » en Russe et à compter. Nol, Odin, dve, Tre… Les stations défilent. Je ne sais pas lire leur nom.
Annia ne comprend pas pourquoi je voyage en Russie sans parler Russe. A Moscou, je suis devenue analphabète. Je me suis perdue longtemps dans le premier métro…
En gare, Après une nuit passée à apprendre mon alphabet, je demande du lait en Russe. La vendeuse ne comprend pas. Je dois montrer la brique. Je pense à tous les étrangers qui débarquent dans un ailleurs… Je suis analphabète
Je me promène dans le transsibérien. Je visite la seconde classe, « coupé ». Elle ressemble aux vieux trains de nuit, TER.
Dans le вагон-ресторан*, il ne se passe rien. Le nez collé à la vitre, je regarde le paysage défiler « Mademoiselle, veuillez retourner dans votre wagon ». Plus loin, des parties de cartes sans fin.
Le transsibérien, ses odeurs… Ça pue des pieds, le saucisson et la soupe déshydratée. Toute la journée on boit du Chai. On partage des repas, parfois un peu de Vodka. On descend aux longs arrêts pour acheter des beignets, des oeufs durs et des pommes de terre. Un type sort un bocal de pâté. Et le regarde comme un jour de fête.

Au troisième jour, odeurs d’hôpital, mélange d’urine, de poubelles et de fermentation des corps allongés. Sur les quais, des femmes vendent des poisson séchés. Dans le train, l’odeur de pêche remplace celle de la sueur.

Dedans, il fait chaud, peut-être 25 degrés. Annia se parfume, se coiffe, se pomponne.
Je pense à Blaise, à la poésie du Transsibérien, en me lavant, tel un chat, les pieds dans la pisse. Dans la salle de bain du transsibérien. Les toilettes.
Sur les quais, on fait connaissance avec les autres wagons. A l’arrêt suivant Michka me dit « Bonjour » en Français. Et à celui d’après « comment allez-vous ? ».
Couleurs d’automne. Les arbres, dans un éternel défilé, racontent les kilomètres d’Ouest en Est. On s’enfonce vers l’hiver. Bientôt, je ne comprends plus rien… Mes voisins avalent leur repas à n’importe quelle heure. Et se couchent beaucoup trop tôt. Je descends sur les quais. Il fait nuit. L’horloge affiche 17 heures.

C’est le syndrome des fuseaux horaires. Il est 17 heures à Moscou, 22 heures ici. Sur les quais, heure de Moscou. A devenir fou. Bientôt les maisons sibériennes aux allures de saloon. La nature s’étend à perte de vue. J’entends parler des langues curieuses. Aux sons étranges, mélodieux, surprenants. Je vois des visages aux traits inconnus. Qui racontent des pays dont je ne connais rien. Qui m’éloignent de mes certitudes. Je traverse l’espace temps. Je suis en Asie.

* вагон-ресторан = wagon restaurant (le mot est le même qu’en français avec une écriture différente)

Octobre 2012.

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